Comprendre pour agir

Comprendre les enfants
en situation de rue
à Madagascar

À Antsirabe, certains enfants vivent, dorment ou tentent de survivre dans la rue. Derrière chaque situation, il y a une histoire de rupture, de précarité ou de violence — mais aussi la possibilité de reconstruire un parcours.

Une réalité nationale

À Madagascar, des millions d'enfants grandissent
dans un environnement fragile

La présence d'enfants dans les rues d'Antsirabe ne constitue pas un phénomène isolé. Elle s'inscrit dans un contexte national marqué par une pauvreté durable, des difficultés d'accès à l'éducation et aux soins, le travail des enfants, les violences et l'absence d'identité administrative.

En 2022, 75,2 % de la population malgache vivait sous le seuil national de pauvreté. La pauvreté concernait également 55,5 % de la population urbaine, avec une progression particulièrement forte dans les villes secondaires, où elle est passée de 46 % à 61 % entre 2012 et 2022. (Banque Mondiale)

75,2 % de la population vivait sous le seuil national de pauvreté en 2022
37 % des enfants de moins de cinq ans souffraient d'un retard de croissance en 2025
85,1 % des enfants de 1 à 14 ans avaient subi une forme de discipline violente en 2025
1 / 5 enfants de moins de 5 ans sans naissance enregistrée auprès de l'état civil en 2025
13 % seulement des enfants de 7 à 14 ans avec des compétences fondamentales en lecture
18 % seulement démontraient des compétences fondamentales en calcul

Données issues de l'enquête nationale MICS 2025 — Institut national de la statistique de Madagascar, avec l'appui de l'UNICEF.

Ces indicateurs ne signifient pas que tous les enfants concernés vivent dans la rue. Ils montrent cependant l'importance des facteurs qui peuvent conduire à la rupture : pauvreté, violences, déscolarisation, travail précoce, malnutrition et absence d'accès effectif aux droits.

Une population difficile à mesurer

Combien d'enfants vivent dans la rue à Madagascar ?

Il n'existe pas aujourd'hui de recensement national récent permettant de connaître précisément le nombre d'enfants vivant ou travaillant dans la rue. Cette absence ne signifie pas que le phénomène est marginal : elle montre combien ces enfants restent difficiles à identifier.

Les enquêtes nationales comme la MICS 2025 sont réalisées auprès des ménages. Elles ne peuvent pas recenser ceux qui vivent seuls ou dorment dans la rue. Ce sont principalement les associations qui parviennent à entrer en contact avec eux.

"L'invisibilité statistique fait partie de leur vulnérabilité. Pour protéger un enfant, il faut d'abord être présent là où il vit."

Une réalité à comprendre

Un enfant ne se retrouve jamais
dans la rue par choix

La vie dans la rue résulte généralement d'un enchaînement de difficultés : pauvreté extrême, violences intrafamiliales, décès ou absence d'un parent, abandon, séparation familiale, déscolarisation, travail précoce. La rue expose rapidement l'enfant à de nouveaux dangers.

Des situations différentes, trois réalités qui appellent des réponses adaptées

Typologie pédagogique — les situations peuvent évoluer et se chevaucher.

1

ENFANTS VIVANT DANS LA RUE

Ils vivent et dorment régulièrement dehors. Leurs relations avec la famille sont souvent rompues ou très fragiles.

2

ENFANTS EN RUPTURE TEMPORAIRE

Ils connaissent des périodes répétées dans la rue, avec des allers-retours entre la famille, différents lieux d'accueil et les espaces publics.

3

ENFANTS TRAVAILLANT DANS LA RUE

Ils passent une partie importante de la journée dans la rue pour travailler, mendier ou chercher de quoi manger, mais peuvent retrouver un foyer le soir.

Les effets de la rue

La rue bouleverse tous les repères de l'enfant

Le rapport au temps

Les rythmes de sommeil, de repas, d'école et de soins disparaissent progressivement. L'enfant apprend à répondre à l'urgence immédiate plutôt qu'à se projeter dans l'avenir.

Le rapport à l'espace

Les marchés, trottoirs, ponts, gares ou bâtiments abandonnés deviennent des espaces de sommeil, de travail et de survie.

Le rapport aux autres

L'enfant peut dépendre d'un groupe, de rapports de force ou de personnes qui lui apportent une protection parfois fragile ou ambivalente.

Le rapport au corps

La faim, la douleur, la fatigue et la maladie peuvent devenir habituelles. Retrouver une alimentation régulière et des soins constitue une première étape de reconstruction.

Des enfants exposés à des risques multiples
Faim et insécurité alimentaire
Violence physique et psychologique
Maladies et absence de soins
Déscolarisation
Absence d'état civil
Travail et exploitation
Violences sexuelles
Stigmatisation et exclusion
L'état civil, un enjeu crucial

Sans acte de naissance,
sans accès aux droits

En 2025, 79,8 % des enfants malgaches de moins de cinq ans avaient une naissance enregistrée. Environ un enfant sur cinq ne bénéficiait pas encore de cet enregistrement — 87,9 % en milieu urbain, 79,3 % en milieu rural.

L'UNICEF relève que l'absence d'acte de naissance est associée à des privations plus importantes dans les domaines de l'éducation, de la santé et de la protection.

À Antsirabe, cette réalité se traduit par des démarches très concrètes. En 2025, l'équipe a accompagné 52 démarches administratives et permis l'obtention de 22 actes de naissance ou cartes nationales d'identité.

1 / 5
enfants malgaches de moins de 5 ans sans naissance enregistrée en 2025
À Antsirabe en 2025

Aller à la rencontre des enfants pour ne laisser personne invisible

137 enfants rencontrés dans la rue
73 maraudes nocturnes réalisées
119 enfants accueillis au CHT
365 nuits d'ouverture assurées
16 010 repas distribués
1 196 soins infirmiers réalisés
52 démarches administratives
22 actes de naissance ou CIN obtenus

Ces chiffres mesurent les enfants rencontrés, accueillis ou accompagnés par l'équipe — pas un recensement exhaustif.

Comprendre le temps long

Revenir à l'école demande du temps

Pour un enfant ayant vécu dans la rue, le retour à l'école ne peut pas toujours être immédiat. Avant d'envisager une scolarisation ou une formation, il faut parfois traverser plusieurs étapes essentielles.

1
Retrouver un rythme de sommeil et de repas réguliers
2
Bénéficier d'un lieu sécurisé et stable
3
Recevoir des soins physiques et un suivi médical
4
Obtenir un acte de naissance ou une carte nationale d'identité
5
Reconstruire une relation de confiance avec des adultes
6
Évaluer les acquis scolaires et les besoins d'apprentissage
7
Stabiliser un lien familial ou social lorsque c'est possible
8
Préparer un accompagnement adapté vers l'école ou la formation
Un rythme Un lieu sûr Une identité Une relation de confiance Un accompagnement durable
Notre réponse

Parce que ces enfants restent souvent invisibles, notre première mission est d'aller à leur rencontre. Votre soutien transforme cette rencontre en protection, puis en parcours d'avenir.

On ne sort pas de la rue en une nuit.

Aller à la rencontre des enfants Créer un lien de confiance Proposer une mise à l'abri Nourrir, soigner et protéger Accompagner les démarches administratives Travailler avec la famille lorsque c'est possible et sûr Préparer le retour à l'école, la formation ou l'insertion Construire progressivement l'autonomie

Questions fréquentes

Combien y a-t-il d'enfants en situation de rue à Madagascar ? +

Il n'existe pas de recensement national récent permettant de connaître précisément leur nombre. Les enfants vivant hors d'un ménage stable restent difficiles à identifier dans les enquêtes nationales.

Pourquoi des enfants se retrouvent-ils dans la rue ? +

Les causes sont multiples : pauvreté, violences, décès ou absence d'un parent, ruptures familiales, travail précoce, déscolarisation et difficulté d'accès aux mécanismes de protection.

Comment Grandir Ailleurs agit-elle à Antsirabe ? +

L'équipe locale mène des maraudes, accueille les enfants au Centre d'Hébergement Temporaire et construit avec eux des parcours associant protection, alimentation, soins, état civil, éducation, famille, formation et autonomie.

Peut-on sortir durablement un enfant de la rue ? +

Oui, mais la reconstruction demande du temps. La mise à l'abri doit être complétée par un accompagnement social, médical, éducatif, familial et administratif adapté à chaque enfant.