Madagascar : état des lieux de la situation politique, sociale et économique

27.09.22 | Grandir Ailleurs

Une instabilité politique chronique 

Depuis son indépendance, Madagascar a connu quatre crises politiques majeures. Après le coup d’État de 2009, 2014 a signé le retour à la stabilité politique : suite à des élections jugées « libres et démocratiques » par la communauté internationale, Hery Rajaonarimampianina a été élu président de la République.

Puis depuis 2019, Madagascar est à nouveau dirigé par Andry Rajoelina, dont le pouvoir a été consolidé suite à la victoire de son parti aux élections législatives et communales en 2019, puis aux élections sénatoriales en 2020. 

Néanmoins, depuis 2020, marquée par l’apparition de la pandémie de Covid-19, Madagascar est confrontée à une dégradation de sa situation socio-économique ainsi qu’à une recrudescence de l’insécurité.

Fin 2021, le taux de criminalité et de délinquance a connu une hausse de 7% à 8%, avec notamment une augmentation des cas de viols et d’agressions sexuelles, de vols de bovidés, d’attaques à main armée et d’homicides*[1].

Or, la prochaine élection présidentielle est prévue en novembre 2023 et « le mécontentement social pourrait s’intensifier dans un contexte de pauvreté croissante, de hausse de l’inflation et d’absence de réformes de fond »[2]. C’est pourquoi le président de la République multiplie les inaugurations d’infrastructures dites « manara-penitra »[3] et les annonces. Ainsi, outre les inaugurations de stades, de centres de santé de base (CSB), ou encore d’établissements scolaires, il a notamment annoncé en juin 2022 le lancement des travaux de réhabilitation de portions des routes nationales (RN) 13  et 12A, qui relient respectivement Ihosy à Fort-Dauphin et Vangaindrano à Fort-Dauphin. 

[1] Garry Fabrice R. (2021, 21 décembre). Société – Hausse sensible de la criminalité. L’Express de Madagascar. Disponible sur : https://lexpress.mg/21/12/2021/societe-hausse-sensible-de-la-criminalite/ (Consulté le 04/07/2021)

[2] Banque mondiale (2022), Perspectives Économiques de Madagascar : Surmonter la Tempête [en ligne]. Disponible sur : https://documents1.worldbank.org/curated/en/099504205272236359/pdf/IDU05ca795570c9a604761095b4011c63a5afd2d.pdf (Consulté le 01/06/2022)

[3] Signifie « aux normes », en français

Un contexte socioéconomique extrêmement fragile

Alors que “la croissance et la réduction de la pauvreté progressaient [déjà] peu […]” entre 2013 et 2019, les impacts socio-économiques liés au Covid-19 ont effacé les progrès faits en matière de lutte contre la pauvreté[1]. Depuis 2020, 1,8 million de personnes sont ainsi tombées dans l’extrême pauvreté et en 2022, le taux de pauvreté atteint 81 %, soit son plus haut niveau depuis 2012. Dans ce contexte :

  • L’Île rouge se classe au quatrième rang des pays les plus touchés par la malnutrition chronique : 40% des enfants malgaches souffrent d’un retard de croissance ;
  • 97% des élèves âgés de 10 ans ont « des difficultés à lire et comprendre un texte simple en français »[2]. Ainsi, aujourd’hui, « le retard d’apprentissage à Madagascar est supérieure de 10 points de pourcentage à la moyenne de la région de l’Afrique subsaharienne et de 6,8 points de pourcentage à la moyenne des pays à faible revenu »;
  • Le système de protection sociale ne couvre que 6% des personnes extrêmement pauvres. Pourtant, la Stratégie Nationale de Protection Sociale (SNPS)[3] élaborée en 2019 s’était fixé comme objectif un taux de couverture de 15% d’ici 2023. En outre, la part du budget de l’État allouée à la protection sociale reste très faible et a même baissé : entre 2015 et 2020, elle est passé de 0,25% et à 0,21%[4]. Les dépenses liées à la protection sociale – filets sociaux inclus – n’excèdent alors pas 0,04% du PIB[5], ce qui est inférieur à la moyenne de 1,2% du PIB en Afrique subsaharienne[6].

Les conditions de vie restent donc difficiles pour la grande majorité de la population et si les zones rurales sont les plus touchées, il faut toutefois noter que la pauvreté croît aussi en milieu urbain, où l’accès à l’eau, à l’électricité et au logement s’est en effet dégradé entre 2008 et 2018.

La situation est particulièrement critique dans le Grand Sud : en mai 2022, bien que la situation nutritionnelle était meilleure que celle de 2021 à la même période, l’UNICEF estimait que 1 285 000 personnes se trouvaient encore en état d’insécurité alimentaire aiguë et que 28 000 personnes étaient face à une situation de famine[7]. Si l’insécurité alimentaire est avant tout liée à des « décennies de sous-investissements » ainsi qu’à d’intenses sécheresses successives combinées à des tempêtes de sable (tiomena) et à des invasions d’insectes ravageurs qui ont entraîné de mauvaises récoltes, elle a ensuite été aggravée par l’inflation du coût des denrées alimentaires de base, causée notamment par les restrictions de circulation imposées par les autorités pour limiter la propagation du Covid-19.

[1] Banque mondiale (2022), Perspectives Économiques de Madagascar : Surmonter la Tempête [en ligne]. Disponible sur : https://documents1.worldbank.org/curated/en/099504205272236359/pdf/IDU05ca795570c9a604761095b4011c63a5afd2d.pdf (Consulté le 01/06/2022)

[2] Ibid.

[3] Ministère de la population, de la protection sociale et de la promotion de la femme (2019). Stratégie Nationale de la Protection Sociale (2019-2023) [en ligne]. Disponible ici (Consulté le 04/07/2022)

[4] UNICEF Madagascar (2020). Note d’information – Analyse budgétaire thématique de la protection sociale à Madagascar [en ligne]. Disponible ici (Consulté le 04/07/2022]

[5] Ibid.

[6] Banque mondiale (2022, 17 avril). La Banque mondiale à Madagascar. La Banque mondiale. https://www.banquemondiale.org/fr/country/madagascar/overview

[7] UNICEF (2022), Madagascar Drought Humanitarian Situation Report, May 2022 [en ligne]. Disponible sur : https://www.unicef.org/media/122731/file/Madagascar-Drought-SitRep-May-2022.pdf (Consulté le 01/07/2022)

Bien qu’une reprise économique ait commencé en 2021, suite à la réouverture partielle des frontières, elle a toutefois été freinée à nouveau suite à une troisième vague de covid fin 2021, puis par une accumulation de chocs domestiques et internationaux en 2022.

Entre janvier et avril 2022, le pays a été touché par cinq cyclones et tempêtes, ce qui en fait l’une des saisons cycloniques les plus intenses depuis 2008. En plus d’avoir mis à mal la production agricole nationale (les pertes d’actifs agricoles s’élèveraient à plus de 250 millions de dollars USD) et d’avoir endommagé des infrastructures sociales, éducatives et routières, ces phénomènes climatiques violents ont aussi contribué à accroître la vulnérabilité du grand sud-est à l’insécurité alimentaire. En effet, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a estimé à plus de 960 000 les personnes impactées et le Bureau National de Gestion des Risques et Catastrophes malgache (BNGRC) à au moins 470 000 le nombre de personnes ayant besoin d’une aide alimentaire d’urgence dans les régions Vatovavy, Fitovinany et Atsimo-Atsinanana[1].

À cela s’ajoute aujourd’hui les retombées du conflit russo-ukrainien, qui a déjà conduit à une forte hausse des prix des céréales, de l’énergie et des produits pétroliers raffinés à l’échelle internationale. Pour Madagascar, l’impact de la guerre se traduira principalement par :

  • La hausse de 44% – effective depuis le 11 juillet 2022 – des prix à la pompe du gasoil et de l’essence, qui étaient pourtant gelés par l’État depuis 2019 ;
  • Une baisse des demandes d’exportation des partenaires commerciaux européens notamment, alors que plus de 32% des produits exportés par Madagascar sont normalement destinés à l’Union européenne (UE).

Également inéluctable du fait des arriérés de paiement accumulés par l’État malgache vis-à-vis des sociétés pétrolières, l’augmentation du coût des carburants, notamment, a déjà des conséquences considérables. Elle a, par exemple, affecté le prix des tickets de bus[2] et a entraîné une hausse de 50% du fret des transporteurs routiers[3].

Par conséquent, les projections de croissance pour 2022 ont été ramenées à 2,6%, contre 5,4% précédemment[4]. Un taux d’inflation supérieur à 8% est également attendu fin 2022, ce qui a conduit le gouvernement à annoncer en mai une augmentation des salaires du secteur public de 13% en moyenne, ainsi qu’une hausse de 25% du salaire minimum dans le secteur privé.

C’est dans ce contexte où 67,6% des enfants malgaches sont multidimensionnellement pauvres et 23,7% sont extrêmement pauvres[5], que Grandir Ailleurs intervient depuis 2007 à Antsirabe (Vakinankaratra) en soutenant les actions de ses partenaires locaux Grandir à Antsirabe et l’OSCAPE (Organisation de la Société Civile d’Antsirabe Pour l’Enfance) en faveur de la protection des enfants en situations de vulnérabilité. L’enjeu ? Contribuer à garantir le respect de leurs droits fondamentaux tels qu’ils sont énoncés et décrits dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE).

[1] USAID (2022), Drought & Tropical Cyclone Response [en ligne]. Disponible ici (Consulté le 30/04/2022)

[2] À Antsirabe, le prix du ticket de bus est passé de 500 Ar à 600 Ar, soit une hausse de 20%. Dans la commune urbaine d’Antananarivo, alors qu’il coûtait auparavant 500 Ar, son prix oscille maintenant entre 700 Ar et 900 Ar suivant les destinations : c’est une augmentation de plus de 40%.

[3] https://www.facebook.com/2424.mg/videos/573385284457446 (Consulté le 12/07/2022)

[4] Banque mondiale (2022), Perspectives Économiques de Madagascar : Surmonter la Tempête [en ligne]. Disponible sur : https://documents1.worldbank.org/curated/en/099504205272236359/pdf/IDU05ca795570c9a604761095b4011c63a5afd2d.pdf (Consulté le 01/06/2022)

[5] SILVA-LEANDER Sebastian, Oxford Policy Management (2020). Les privations multiples des enfants à Madagascar [en ligne]. Disponible ici (Consulté le 12/07/2022)

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