Suite à une formation avec Asmae, Grandir à Antsirabe propose à ses bénéficiaires une éducation privilégiant un apprentissage basé sur l’expérience, l’échange et le jeu (pour les plus jeunes) et qui favorise la construction de savoirs par l’expérimentation et/ou la recherche documentaire, et l’échange argumenté (pour les adolescents).

Contexte éducatif à Madagascar

L’accès à l’éducation reste difficile dans le pays, s’ajoute aussi à cela la faible qualité de l’enseignement ainsi que le manque d’infrastructures et de formation du personnel éducatif.

D’après le rapport économique 2022 de la Banque mondiale, près de 80% des enseignants n’ont pas de diplôme adéquat.

Toujours d’après ce rapport, le retard d’apprentissage dépasse la moyenne en Afrique subsaharienne : 97 % des enfants de 10 ans ont des difficultés à lire et à comprendre un texte simple en français (deuxième langue officielle).

Un projet en partenariat avec l’Association Sœur Emmanuelle (Asmae)

Le projet “Mivelatra” (qui signifie “s’épanouir”) a été mis en place en mai 2020 par Asmae Madagascar. “Mivelatra” a pour objectif d’améliorer l’éducation et la protection des enfants vulnérables de 3 à 18 ans, en accompagnant sept organisations de la société civile (OSC) d’Antsirabe dans le renforcement de leurs capacités.

Asmae appuie donc Grandir à Antsirabe pour renforcer ses compétences en matière d’organisation, de gouvernance et de recherche de financement, mais aussi d’éducation de ses enfants bénéficiaires en formant les éducateurs à la mise en œuvre de pédagogies alternatives.

L’éducation ou pédagogie alternative, c’est quoi ?

Aussi appelée “pédagogie non-traditionnelle”, elle place l’enfant au centre de l’éducation. Plutôt que de transmettre un programme scolaire préétabli, elle favorise l’autonomie, la créativité et la confiance en soi. Elle considère que l’enfant doit être acteur de ses apprentissages afin de se les approprier et de les comprendre.

Dans ce cadre, les éducateurs et éducatrices de Grandir à Antsirabe ont notamment bénéficié d’une formation de plusieurs jours sur deux approches d’éducation alternative :

  • la pédagogie active : mobilisée au niveau primaire, elle privilégie un apprentissage basé sur l’expérience, l’échange et le jeu ;
  • la démarche d’investigation : utilisée pendant l’enseignement secondaire, elle favorise la construction de savoirs par l’expérimentation et/ou la recherche documentaire, et l’échange argumenté.

En savoir + 

Mise en pratique : lancement d’un micro-projet basé sur l’éducation alternative au Centre d’Hébergement Temporaire (CHT)

Pourquoi cette initiative ?

À travers le Programme de Protection des Enfants des Rues qu’elle met en œuvre depuis 2015, Grandir à Antsirabe a pour objectif de contribuer à la réinsertion des enfants de la rue dans la société malgache. Dans cette optique, en plus de travailler sur la réintégration familiale, l’association encourage ses bénéficiaires à reprendre le chemin de l’école ou, pour les plus âgés, à entamer une formation professionnelle.

Cependant, aujourd’hui, la réinsertion scolaire et l’insertion professionnelle des enfants de la rue se heurtent notamment à l’important retard scolaire accumulé et à l’inadaptation des structures éducatives existantes. 

En effet, en 2021, 91% des bénéficiaires de l’association étaient déscolarisés et 83% d’entre eux avaient arrêté l’école au niveau primaire. 

Or, l’entrée dans la plupart des centres de formation est conditionnée à la possession d’un certain niveau scolaire. De plus, après souvent plusieurs années passées dans la rue où leurs repères ont été déconstruits, certains enfants s’adaptent difficilement au mode de fonctionnement des établissements scolaires “traditionnels”, dont l’approche est centrée sur les contenus.

En conséquence, Grandir à Antsirabe a décidé d’adapter son approche en mettant en place au sein de son CHT un projet d’appui à l’insertion socioprofessionnelle des enfants de la rue, via le recours à l’éducation alternative

L’objectif ? Contribuer à l’amélioration du niveau de connaissances des enfants de la rue âgés de 8 à 16 ans, pour faciliter leur entrée dans les centres de formation ou leur entrée sur le marché du travail.

Concrètement, en quoi ça consiste ?

Trois fois par mois, les enfants et jeunes accueillis au CHT bénéficient de séances d’alphabétisation et de développement personnel basées sur la pédagogie active. Une éducatrice a été recrutée pour animer ces ateliers et le premier cours s’est déroulé le lundi 22 août 2022 ; sept enfants ont répondu présent et l’association continue d’encourager la participation de ses autres bénéficiaires. Pour ce premier atelier, les enfants ont eu le droit à de belles fournitures scolaires !

Une sortie pédagogique mensuelle sera également organisée sur le terrain agricole de Grandir à Antsirabe afin de faire découvrir aux enfants, par l’observation et la pratique, le domaine de l’agriculture et de l’élevage. Ce dernier jouant un rôle majeur dans la sécurité alimentaire à Madagascar, l’enjeu est de susciter des vocations et/ou de fournir aux enfants des outils qu’ils pourront mobiliser plus tard pour répondre à leurs propres besoins.

Parallèlement, cinq jeunes d’au moins 14 ans, qui ont l’âge de débuter une formation professionnelle, ont commencé une formation à la conduite et à la gestion d’une exploitation agricole ainsi qu’une initiation à l’entreprenariat. En effet, à Madagascar où l’agriculture emploie 80% de la population active, c’est un secteur pourvoyeur d’emplois. 

Certains jeunes accompagnés par Grandir à Antsirabe bénéficient donc de :

  • six séances de cours théoriques par mois, assurées par un technicien agricole ;
  • deux cours pratiques mensuels, dispensés par un technicien agricole et un fermier, sur le terrain agricole de l’association. Plus précisément, les bénéficiaires apprennent par l’expérimentation les techniques de culture (céréales, légumineuses, fruits et légumes) et d’élevage de poulets, lapins, canards, bœufs et porcs. Et au-delà de l’aspect technique et de la transmission des connaissances en matière de gestion, l’enjeu est également de leur apprendre à travailler en autonomie et à valoriser les productions.

Éducation alternative pour les enfants du Centre d’Hébergement Temporaire